La chronique judiciaire romancée

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Bruno Curatolo

Abstract

D’assez nombreux romanciers ont été, par goût ou nécessité, en « charge » d’une affaire judiciaire dont ils ont rendu compte à des degrés divers de littérarité, soit parce qu’ils furent des témoins directs des audiences, soit parce qu’ils en tirèrent l’argument d’un récit a posteriori. Ainsi Joseph Kessel et Léon Werth ont-ils couvert le procès du maréchal Pétain quand, dans un tout autre registre, Jean Giono et Jean Meckert, chacun à leur façon, ont suivi l’« affaire Dominici ». Mais bien des années auparavant, André Gide, désigné en 1912 comme juré à la Cour d’assises de Rouen, en avait rapporté des Souvenirs qui restent le modèle d’un exercice qu’on pourrait qualifier de « minutes narrativisées » ; impressionné durablement par cette expérience, l’écrivain devait créer en 1930, chez Gallimard, la collection « Ne jugez pas » qu’il inaugura lui-même par La Séquestrée de Poitiers, récit au statut quasi indécidable bien qu’il soit donné comme un « roman ». Ce sont ces étranges objets littéraires qui sont ici examinés, tant sur le plan de leur composition – matériaux documentaires, insertion de parties dialoguées, dramatisation fictionnelle – que de leur nature stylistique, à mi-chemin entre la rédaction journalistique et l’écriture créatrice.

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